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Jésus, le révolutionnaire altermondialiste, nous appelle aujourd'hui

Jésus a incarné dans l'histoire le possible d'un monde autre, radicalement nouveau jusqu'à aujourd'hui. En revenant à sa source révolutionnaire, nous accédons à un altermondialisme de la tendresse et de l'amour de Dieu.

Le christianisme a pourtant hélas souvent été associé dans l'histoire à la défense de l'ordre moral et social établi. Ou au mieux on a voulu voir en lui une religion simplement contemplative ou qui pratique les bonnes œuvres de l'humanitarisme. Il ne s'agit certes pas de rejeter l'importance de la contemplation spirituelle qui peut ouvrir à des dimensions sublimes de la présence de Dieu, ni celle des bonnes œuvres qui civilisent la dureté de ce monde. Mais de revenir profondément à l'évangile, et de le relire en dehors du formatage de la tradition figée pour découvrir que Jésus nous insuffle un esprit réellement révolutionnaire qui nous aide à nous situer dans la crise majeure de notre époque.

Les actes révolutionnaires de Jésus

Il a chassé les marchands du temple, dispersé l'argent des banquiers, en refusant que la maison de son Père devienne une maison de commerce. On a souvent édulcoré ce geste dans les commentaires conformistes de théologiens. Or, il s'agissait d'un véritable acte d'insurrection non violente qui a aujourd'hui encore une résonance très actuelle. Car la Terre, notre planète est le véritable temple de la présence divine, et elle est saccagée par le capitalisme et sa dictature financière qui nous domestique et détruit la vie. La geste révolutionnaire de Jésus nous montre la hauteur de l'exigence du combat spirituel. L'objectif spirituel de défendre la vie a nécessairement une connotation écologique, sociale et politique : l'ensemble de la Création doit revenir au Père, c'est-à-dire à la logique de l'amour.

Jésus et ses disciples incarnaient dans leur vie le possible révolutionnaire d'un autre monde pour l'humanité. Ils vivaient en communauté et prônaient la mise en commun des ressources. Leur stratégie révolutionnaire reposait sur la propagation de la tendresse, de l'amour, de l'esprit d'entraide dans le peuple des pauvres qui implique la mise en pratique immédiate d'une logique de vie alternative en rupture avec celle dominante du pouvoir et du profit. Cette même stratégie révolutionnaire nous appelle.

Jésus prônait une révolution non violente. La violence entretient la violence mais l'amour des ennemis finit par inhiber et enrayer les armes des ennemis. Notre combat aujourd'hui est radical et exigeant, mais pareillement, il ne peut être gagné que par la non violence et le refus de tout despotisme. Il se perd sinon, car il repose sur la propagation de l'amour.

Jésus rejetait les hiérarchies des castes cléricales et politiques et prônait donc une éthique de démocratie directe intégrale, et l'égalité entre les femmes et les hommes. Il était libre de tous les intégrismes, de toutes les idéologies politiques, religieuses, nationalistes, qui génèrent la haine et créent des divisions stupides entre les êtres humains.

Il refusait tout culte de la personnalité et demandait à ses disciples de l'appeler "ami" et non pas "maître".

Il demandait de ne pas juger et refusait l'ordre moral. Il s'est opposé avec beaucoup de courage à la lapidation de la femme adultère.

Il s'opposait à la culpabilisation religieuse et à la lourdeur infantilisante des institutions. Il prônait une relation personnelle libre, directe et sans tabou avec Dieu.

Il œuvrait à une libération de l'être total, intégrant dans un même mouvement la transformation du monde et la transformation intérieure de l'individu, la prédication du royaume de Dieu dans la société et la guérison spirituelle des personnes. L'une ne va pas sans l'autre, et l'une alimente l'autre continument. Jésus nous montre notamment la puissance de l'ouverture du cœur qui renouvelle les corps de l'intérieur et libère l'élan d'une socialité réellement humaine. A l'exemple de Jésus, il nous parait indispensable de réunir ensemble dans la cohérence de notre combat pour un monde nouveau les dimensions sociale, écologique, psychologique et spirituelle.

Jésus, toujours vivant est devant nous et nous appelle

Bien loin en effet d'être une histoire du passé qui n'a plus cours, le combat révolutionnaire de Jésus nous apparait au contraire comme porteur de l'avenir de l'humanité dans toute son ampleur de réalisation.

Le printemps des révolutions arabes a été un exemple puissant qui a généré le mouvement des indignés en Espagne, en Grèce, aux USA, en Israël et en plusieurs autres endroits du monde. On ne sait pas bien sûr encore comment évolueront l'un ou l'autre de ces mouvements. Certains peut-être seront détournés de leur élan initial. Mais leur multiplication et leur caractère non-violent nous montrent qu'un grand réveil historique de l'humanité se prépare en quête d'un monde nouveau. Dans ce réveil, le projet et les méthodes de Jésus ont leur place naturelle. Fatigués de toutes les idéologies du XX° siècle, les nouveaux mouvements aspirent en effet à fonder la révolution sur la spiritualité de la non-violence, de la communauté et de l'entraide.

Jésus est devant nous et nous appelle. Il a vaincu la mort que les pouvoirs politique et religieux croyaient lui avoir infligé. Il est ressuscité dans nos cœurs et son esprit nous appelle de l'intérieur, tel un souffle révolutionnaire puissant qui nous aidera à nous relever de toutes les désespérances. Ce souffle prophétique de la résurrection veut aujourd'hui transparaître dans nos vies et nos actes. Il pose en nous la nécessité d'un renouvellement historique du christianisme, la nécessité d'un "alterchristianisme" qui fasse retour au Jésus altermondialiste, à sa source révolutionnaire.

Pour un alterchristianisme

J'appelle de mes vœux à la naissance d'un alterchristianisme aujourd'hui qui se constitue comme la recherche pratique et la mise en œuvre immédiate d'un mode de vie alternatif en rupture avec le capitalisme, fondé sur les valeurs de Jésus qui sont :

-choisir résolument l'option de la non-violence au nom du Dieu d'amour plutôt que la haine et l'esprit de guerre.

-respecter la vie et la planète au nom de Dieu puissance de la vie, plutôt que l'argent.

-rechercher une vie communautaire, association de libres individus, ouverte à tous les êtres humains, à l'entraide fraternelle et au partage des ressources au nom du royaume de Dieu, plutôt que l'individualisme, la compétition, les fanatismes et les nationalismes.

Toutes ses orientations peuvent être pratiquées dans nos vies dés maintenant à l'échelle locale, mais aussi être avancées comme une protestation prophétique d'ensemble contre l'ordre actuel du monde et l'appel à une autre société humaine.

Nous pouvons nous rencontrer dès aujourd'hui, en tant que disciples de Jésus, autour de ces orientations : créer des groupes d'études, de méditations, de paroles, de prières, dans toutes les églises ou associations chrétiennes comme en dehors ; des fraternités, des communautés ou habitats groupés ; des associations de moyens, des réseaux fraternels d'entraide ouverts à tous, des rassemblements ponctuels et des actes de protestation prophétique forts pour interpeller les politiques et la culture environnante sur l'état catastrophique du monde etc.

Toutes ces orientations resteraient cependant purement abstraites si elles n'étaient pas portées au quotidien dans le vécu d'une alliance intérieure avec le Saint Esprit. Pour cultiver dans nos prières et nos méditations la présence vivante de Jésus ressuscité. Pour nous renouveler sans cesse à son contact dans le souffle de sa résurrection. Pour que la mort, le tragique, la croyance au malheur n'aient jamais le dernier mot dans nos existences. Pour que nous choisissions résolument toujours la vie au cœur même de nos épreuves.

L'alterchristianisme que j'appelle n'est pas une religion mais un retour au souffle originel de Jésus et de la première communauté chrétienne de Jérusalem, telle que définie par les Actes des apôtres (chapitre 2) et de nombreux textes des évangiles, souffle qui serait à même de renouveler toute la culture du christianisme. Selon l'esprit même de l'évangile, il est ouvert à tous les êtres humains quels qu'ils soient, quels que soient leur nationalité, leur religion ou leur culture, et pas seulement aux chrétiens "identifiés".

Pierre Trigano